Une jeune fille à la noce ou anatomie d’une enquête généalogique

Il est des aventures généalogiques si pleines de rebondissements qu’elles sont dignes d’un roman policier. C’est une de ces aventures dont je vais vous parler aujourd’hui.

La découverte

Tout commence par la découverte chez mes grands de deux cadres centenaires : l’un représente mes arrières grand parents le jour de leur mariage et l’autre est une photo de groupe également prise un jour de noces :

003.jpg

Toutes les 2 ont souffert des outrages du temps et sont quelques peu abîmées. Sur la seconde je crois reconnaître mon arrière grand mère jeune fille ce que me confirme ma tante présente ce jour là.

Les recherches

J’entreprends alors d’analyser plus précisément la dite photo et plusieurs éléments apparaissent :

002-002

  • pour que Marie Françoise (sous la croix rouge) conserve cette photo toutes ces années et aille jusqu’à l’accrocher dans sa maison c’est quelle avait pour elle une importance toute particulière : peut être ses parents et ses frères et soeurs y apparaissent ils ?!
  • François JESTIN l’époux de Marie Françoise n’apparaît pas sur la photo : elle donc a été prise avant leur mariage en 1921
  • Marie Françoise porte le costume des femmes mais semble relativement jeune (entre 15 et 25 ans) : Marie Françoise étant née en 1887, la photo date vraisemblablement du début du XX ème soit entre 1902 et 1912
  • La jeune femme située à la gauche de Marie Françoise, également habillée en costume du Léon pourrait être sa soeur Marie Laurence de 2 ans son ainée
  • les habits plus citadins des mariés et de leurs parents laissent à penser qu’ils  vivent en ville ou qu’ils ont un statut social plus élévé

A ce stade de mes recherches plusieurs questions demeurent :

  • qui sont les mariés et quels étaient leurs liens avec Marie Françoise ?
  • où et quand a eu lieu ce mariage ?
  • Marie Françoise était elle seule à ces noces et si oui pourquoi ?!

Je m’attelle donc à recenser tous les mariages de ma généalogie ayant un lien avec Marie Françoise et qui pourraient correspondre à la période donnée mais rien ne correspond. Je me plonge donc dans RECIF (j’en profite pour complèter mes données sur les individus collatéraux) mais sans plus de succès.

La (bonne) surprise puis les doutes

Quelques jours à peine après cette découverte, je feuillette tranquillement un ouvrage d’histoire locale quand au détour d’une page, je tombe stupéfaite sur une reproduction de ma fameuse photo.

Je dois m’y reprendre à 2 voire 3 fois mais pas de doutes il s’agit bien du même cliché : quel coup incroyable des Dieux de la généalogie, je vais trouver la réponse à mes questions !!! La légende indique  » Né à Plouvorn en 1962, Guillaume LOUSSOT, médecin de 32 ans, fils de paysans de condition modeste épouse en 1894, Marguerite CAMUS de Morlaix, issue d’une famille de négociants et de rentiers. »

Génial me direz vous ?! Oui mais non car tous ces éléments ne collent pas :

  • pour commencer Marie Françoise n’avait que 7 ans en 1894. Hors, non seulement elle parait bien plus âgée mais en plus elle porte le costume des femmes ce qui exclu absolument qu’elle soit pré pubère.
  • les mariés sont respectivement originaires de Plouvorn et Morlaix. J’ai eu beau remonter et redescendre leurs arbres respectifs je n’ai trouvé aucun lien avec Marie Françoise.

Je suis un peu déstabilisée par tous ces questionnements mais je ne désarme pas pour autant et je poursuis mes recherches.

Les recherches (bis)

A la fin de l’ouvrage, les crédits photographiques attribue la photo à une collectionneuse de cartes postales et de photos anciennes de la région. Après avoir trouvé son adresse mail je la contacte pour lui demander de plus amples renseignements mais elle me ramène vers l’auteur du livre que je contacte dans la foulée.

Après quelques mails échangés je ne suis pas plus avancée : l’auteur de l’ouvrage me certifie qu’il s’agit bien du mariage du Dr Loussot et le ton de ses mails semble indiquer une fin de non recevoir …

J’avoue qu’à ce stade je suis découragée et déçue et je décide de laisser poser cette énigme quelques jours.

Les recherches (épisode 3)

Quelques jours plus tard je reviens donc vers ma photo et je décide de la nettoyer pour lui rendre un peu de sa superbe.

En démontant le cadre je découvre l’identité du photographe : il s’agit de J. INIZAN situé 90 rue de Paris à Brest. Après quelques recherches sur la toile j’apprends que ce photographe était situé à cette adresse entre 1891 et 1906 et qu’il « informe sa nombreuse clientèle du transfert de ses ateliers dans Le Courrier du Finistère, daté du 24 mars 1906. « 

Après un dépoussièrage en règle j’examine encore une fois la photo à la recherche d’éléments nouveaux à explorer. Mon regard s’arrête sur le gendarme situé à la droite de la mariée : il porte un képi sur les genoux et des souliers.

002-003.jpg

D’après le site de la société nationale de l’histoire et du patrimoine de la gendarmerie, les bottes et le chapeau à cocarde sont abandonnés en 1904 ce qui conforte mon hypothèse de départ : la photo ne date pas de 1894 mais de 1904 ou 1905. Hypothèse confirmée sur le forum du CGF par un adhérent qui m’indique que pour lui « La photo est postérieure a 1894 a cause de la couleur du pantalon qui est foncée et pas blanche. Nous sommes donc  après 1904 voire 1907« .

EDIT du 25 janvier : plusieurs échanges sur twitter avec des passionnés spécialistes des uniformes (et notamment avec Laurent et Eric que je remercie à nouveau de leur aide) confirme mon hypothèse de départ  : la fourchette se situe entre 1904 et 1906

Pour finir sur le gendarme je précise qu’en examinant les arbres respectifs des mariés présumés je n’ai pas trouvé de gendarme : lui était fils de paysans et elle, fille de propriétaire (père décédé en 1879).

Une visite à ma grand mère me permet d’identifier Marie Laurence la soeur aînée de Marie Françoise. Elle n’est non pas près d’elle comme je l’avais imaginé au début mais au dessus de la mariée.4

Epilogue et pistes de travail :

A l’heure où je rédige cette article je ne sais toujours pas qui sont les mariés de la photo ni quel était leur lien avec Marie Françoise. Les échanges sur twitter et une discussion avec quelques adhérents du CGF m’ont permit de dégager de nouvelles pistes de travail :

  • peut être que la mariée était une amie de l’une ou l’autre des soeurs Phelep
  • peut être que les soeurs étaient là pour représenter la famille
  • peut être qu’il s’agit d’une amie de Marie Laurence et que Marie Françoise l’accompagnait

Affaire à suivre … évidemment tous vos commentaires et suggestions de pistes seront les bienvenus !!

NB : Si vous cherchez vous aussi des informations sur les uniformes en général et les *uniforme de gendarmerie* en particulier je vous conseille  une visite sur le site de Laurent qui se nomme Tenue 31 

 

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2 commentaires sur “Une jeune fille à la noce ou anatomie d’une enquête généalogique

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  1. géniale votre enquète,je suis sûre que la maréchaussée a besoin de vos talents. Je fais de la généalogie depuis presque 40 ans ,’ai retrouvé la famille suisse-allemande, où un des mes arrières-gds-pères travaillait comme prisonnier, rechercher depuis 2016 Scour Lucien, etc… Bonne continuation.

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