#Généathème : les cheveux blonds de Pélagie

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Elle avait des magnificat dans le tiroir de sa table de nuit. Sur le dessus une carte postale de Jean Paul II (que je lui avait ramenée de Rome suite à un voyage scolaire) trônait en bonne place près d’une Vierge de Lourdes.

Elle adorait le chocolat et ne refusait pas un verre de « rouge lim’ « .

Elle écoutait la messe télévisée du dimanche matin à fond les ballons et ne manquait Jacques Martin pour rien au monde.

Elle portait de belles robes de chambre à fleurs et sentait bon le savon de Marseille.

Elle lisait les romans photos dans « Nous Deux », nous expliquait comment on faisait les bébés et nous enviait l’invention de la pilule contraceptive.

Elle disait souvent « c’lui là il était vieux » quand elle lisait un avis de décès dans le journal (même quand le défunt était beaucoup plus jeune qu’elle).

Elle posait souvent sa main toute burinée par une vie de labeur sur ma joue de petite fille.

Et tous les matins le rituel était immuable : elle descendait une à une les marches de l’escalier en bois et une fois arrivée en bas, elle tournait à droite pour se rendre dans la petite salle de bain située au bout du couloir. Là, devant le vieux lavabo blanc, elle défaisait soigneusement la natte de ses cheveux encore blonds, lavait les quelques mèches au savon de Marseille, les rinçaient, refaisait sa natte et recommençait avec l’autre côté. Une fois ses nattes terminées, elle tirait dessus pour vérifier qu’elles étaient bien de la même longueur et les attachaient ensemble à la base de sa tête avec 2 ou 3 épingles à chignons. Il n’en fallait pas plus car depuis le temps chaque cheveux connaissait sa place. Une fois ses cheveux bien ramassés elle les emprisonnait dans un filet noir, mettait ses lunettes et sortait de la salle de bain.

Elle, c’est Mémé Kerlouan (de son vrai nom Pélagie GUEZENNEC), une de mes arrières grand mère. J’ai eu la chance immense de la connaitre et d’avoir avec elle des souvenirs précis et aujourd’hui j’ai envie de vous parler d’elle.

L’histoire de Pélagie

Deuxième enfant de Jean Marie GUEZENNEC et Marie Yvonne ABIVEN Pélagie est née le 15 mai 1902 à Kerlouan. Jean Marie a déjà une fille d’une première union. Elle aura 5 frères et soeurs mais sera la seule survivante avec sa soeur cadette Léontine. Bien que Léontine atteignit elle aussi l’âge adulte elle mourut sans descendance.

Le 20 juillet 1924, Pélagie épouse François Marie ROUDAUT à Kerlouan. Tous les 2 originaires de cette petite commune du pays Pagan, ils sont respectivement âgés de 22 ans et 24 ans.

22 juillet 1924
Mariage de François et Pélagie le 22 juillet 1924 Kerlouan – coll. familiale – Tous droits réservés

Les jeunes mariés s’installent à Bec Lann avec les parent de Pélagie et sa jeune soeur Léontine. C’est là que Pélagie mettra au monde leurs 3 enfants (un garçon et deux filles). En 1936, la famille est recensée à Tréguennoc gros hameau situé à proximité. Ils y retrouvent Yves Marie un des jeunes frères de François et sa famille..

Les années vont passer et la famille construite par François et Pélagie va considérablement s’agrandir. Après le mariage de leurs enfants ils resteront vivre à Tréguennoc avec l’aîné de leurs enfants et sa famille. François y décède en 1973. Pélagie, elle, aura le temps de voir venir au monde de nouveaux petits enfants, de devenir arrière grand mère, de fêter dignement ses 80 ans puis ses 90 ans et de voir arriver la 4 ème génération de ses descendants.

Son corps avait 96 ans (et sa tête en avait 20 !) quand un dimanche après midi du Printemps 1998 elle ne s’est pas réveillée après sa sieste. Elle est partie doucement et paisiblement laissant derrière elle une cinquantaine de descendants, tous reconnaissants d’avoir vécus tant de choses auprès d’elle.

Les coiffes de Pélagie

Venons en enfin au sujet d’origine cet article : le généathème de mars consacré aux objets de famille, à leur histoire et à leur transmission dans l’histoire familiale.

Parmi les objets laissés par Pélagie il y a quelques coiffes, dites de « travail » (comprenez des coiffes de tous les jours ) qu’elle a porté de sa puberté jusqu’à son dernier souffle. Pieusement conservées par un de ses petit fils, elles dorment aujourd’hui dans le creux d’une armoire à l’abri d’un papier de soie. Même si elles ne sont pas en ma possession elles restent un objet familial important, témoin d’une histoire familiale et locale.

Tout le monde connaît la coiffe bigouden ou celle de Pont Aven rendues populaires par la publicité ou les galettes pur beurre mais il s’agit là de coiffes de fête et au quotidien Pélagie portait une coiffe beaucoup plus modeste :

Coiffe issue de la collection du Musée du Léon à Lesneven @musée de Bretagne

Cette coiffe, typique du bas Léon est nommée « Choukenn ». Similaire dans tout le pays elle varie dans les détails du pliage et de l’agencement du fond ce qui permet aux femmes de se différencier de celles des communes voisines. Surnommée Penn Paket (ce qui en breton signifie littéralement tête enveloppée, empaquetée) la coiffe enveloppe ainsi toute la tête.

Si la coiffe était présente partout en France jusqu’à la fin du XIX ème elle est restée très présente dans la campagne bretonne jusque dans les années 60. Il faut dire qu’ici, chaque « pays » (et parfois chaque commune) a deux coiffes : celle portée au quotidien qui est en coton et celle portée le dimanche ou lors des cérémonies qui la plupart du temps est brodée sur le fond et confectionnée en tulle ou en gaze. Elle est souvent associée à un châle noir.

Je n’ai pas de souvenirs de Mémé portant pas sa coiffe mais d’après mes parents elle la portait pour les fêtes familiales et religieuses. En revanche, mes yeux d’enfants gardent le souvenir de ces mèches blondes si soigneusement lavées et peignées tous les matins …

7 réflexions sur “#Généathème : les cheveux blonds de Pélagie

  1. Comme j’aimerais que l’on ait gardé les coiffes de nos aïeules ! Longtemps je n’ai pas pensé qu’elles en portaient. Maintenant j’imagine qu’elles les ornaient des dentelles qu’elles faisaient.
    Ce billet très réussi me fait penser à elles.

    J’aime

  2. Pingback: Noces blanches – Sur leurs traces …

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