La promesse ou le parcours de François JESTIN, artilleur en 14/18 (chapitre 1)

Depuis mes débuts en généalogie elle espère que je retrace le parcours de son père durant la Grande Guerre. Mais une fiche matricule succincte, les méandres de l’organisation militaires de 1914 et d’autres projets m’ont un peu perdue. Au bout de plusieurs années de recherches et de recoupement j’ai réussi à avoir une idée de son parcours et je veux lui faire le cadeau de le mettre en valeur .

Elle c’est Jeanne Rose, ma grand mère maternelle…

Cet article aurait du paraître il y a un an jour pour jour, cadeau numérique et mémoriel pour son 93ème anniversaire… Mais le 7 avril 2020 Jeanne a fermé les yeux pour rejoindre son amoureux dans les étoiles. Il a fallut le temps de la tristesse, du deuil et le souvenir de son souhait si fort de connaitre le parcours de son père pour que je me décide à publier tout de même cet article.

Voici donc l’histoire de mon arrière grand père François Marie JESTIN, artilleur pendant la guerre 14/18

De Milizac à Poitiers, itinéraire d’un conscrit

Deuxième enfant d’une fratrie de 3 enfants, François vient au monde le 8 janvier 1892 à Milizac dans le Finistère Nord.

Ses parents Casimir JESTIN et Marie Josèphe MERCEUR se sont mariés dans la même commune en 1889. Ils ont déjà une fille, Marie Renée, qui est alors tout juste âgée de 2 ans et accueilleront Marguerite en mars 1893. Veuve en 1895 Marie Josèphe élève seule ses 3 jeunes enfants dans le petit hameau de Kerivot situé sur la route de Brest.

En 1910 Marie Renée, l’ainée des filles, se marie avec François TOURNELLEC un gars de Bourg Blanc (petite bourgade toute proche de Milizac). Le jeune couple s’installe au hameau avec toute la famille JESTIN. C’est également là que naitront leur 4 enfants.

En octobre 1913, François quitte les siens pour accomplir son devoir envers sa patrie. Sa fiche matricule nous apprend que ce jeune homme aux « yeux et aux cheveux roux », sait lire, écrire et compter et qu’il mesure 1 m 69. Elle précise également qu’il a été incorporé au 49ème Régiment d’Artillerie.

Ce jeune breton, qui n’avait sans doute pas été plus loin que Brest jusque là, se retrouve donc caserné à Poitiers bien loin de son Léon natal ….

François Marie JESTIN – source collection familiale –
(non libre de droits

Lorsque la guerre éclate, François est encore sous les drapeaux au 49ème R.A.C qui est alors placé sous les ordres du colonel BARTHAL. Constitué de 12 batteries, ce régiment hippomobile compose l’artillerie du 9ème corps d’armée.

Source : Souvenir français 92

La fiche matricule de François contenant très peu d’informations sur son parcours entre aout 1914 et novembre 1918 je me suis tournée vers les passionnés du forum pages 14-18 pour m’aider à y voir plus clair. A partir des éléments que je leur ai fournis ils ont reconstitué le parcours probable de mon arrière grand père : selon eux François a sans doute été affecté au IIIe ou IVe Groupe du 49e R.A.C de 1914 à mars 1917 avant de passer à la 29e batterie du 249e R.A.C, au plus tôt le 1er avril 1917 (mais peut-être plus tard dans le cadre d’un nivellement des effectifs). Cette supposition a été confortée à la lecture d’une page de l’indispensable Chtimiste qui explique en détail le parcours et surtout la constitution du 249ème RAC.

Le parcours que je vais vous présenter est donc établi à partir de cette hypothèse.

Le 49ème R.A.C, de la Belgique à la boue des tranchées

François et ses compagnons s’embarquent vers le front au cinquième jour de la mobilisation. D’abord positionné à Pont à Mousson et Nomény pour assurer la défense de Nancy, le régiment est transporté fin août dans les Ardennes et va cantonner à Charleville. A ce moment là l’objectif du 49ème est d’assurer la sécurité de l’armée française durant la retraite de la Marne.

Le 49ème vit son véritable baptême du feu le 24 août devant le fort de Ayvelles à Wattignies (non loin de Charleville Mézières) et « par des tirs rapides et nourris tente de retarder l’avance des colonnes ennemies« . Le 27 aout le régiment bivouaque à Signy l’Abbaye où il côtoie de près les convois de réfugiés fuyant l’avancée des troupes allemandes.

Début septembre les artilleurs du 49ème participe avec courage et honneur aux combats de la bataille de la Marne. Engagés dans l’attaque du chateau de Mondement le régiment paie son engagement au prix fort et déplore la perte de plusieurs hommes dont le colonel Barthal à la tête du régiment depuis 1911.

Source Geneanet

Le 19 octobre, après 2 mois interrompus de combats le régiment est envoyé cantonner à Mourmelon avant de s’embarquer pour Ypres. Arrivés sur place le 24, les hommes du 49ème prennent part à la course à la mer face à des troupes allemandes survoltées par leur victoire en Belgique. Avec le soutien des troupes anglaises et écossaises et au terme d’âpres combats, les soldats français remportent la bataille le 15 novembre.

« Pendant tout l’hiver 1914-1915, les deux Groupes sont maintenus en batterie à l’est d’Ypres, près d’Hooche. Installés dans des positions privées d’abris, exposés au feu de l’artillerie lourde ennemie, obligés de surmonter les difficultés inouïes pour ravitailler dans un terrain détrempé, les servants et les conducteurs des batteries font preuve d’un entrain et d’une endurance remarquable.« 

Le 22 avril 1915 les français vont subir à Ypres la première attaque au gaz de la guerre : «  à 17 heures … un lourd nuage jaune et verdâtre, poussé par un vent de nord-est, progresse rapidement en direction des lignes françaises situées entre le canal de l’Yser et le village de Poelcappelle. Immédiatement pris de nausées et ne pouvant plus respirer, les soldats français, totalement démunis face à ce nuage mortel, s’effondrent devant leurs camarades présents en seconde ligne, propageant ainsi un effet de panique dans les lignes alliées. Au cours de cette journée, 5 000 soldats périssent dans l’attaque, alors que 15 000 ont subi les effets des gaz. » (extrait de 1915-1918, la guerre des gaz vue à travers les archives de l’ECPAD).

L’historique du régiment précise que « les 3e et 4e Groupes, qui avaient quitté la Belgique et s’attendaient à prendre part à l’offensive préparée en Artois, sont de nouveaux transportés dans les Flandres et sont aussitôt engagés dans la région au nord d’Ypres et mis en batterie vers Elverdinghe et Woesten (NDLR: donc plus au nord d’Ypres) La mission confiée à la brigade mixte de zouaves et de tirailleurs qu’ils appuient, c’est de refouler l’ennemi à l’est du canal. Le 15 Mai, après une préparation d’artillerie d’une précision remarquable, le 9e régiment de zouaves enlève presque sans pertes deux lignes de tranchées« 

A partir de ces combats, les deux Groupes du 49e constituent l’artillerie de la 152e Division et occupent jusqu’au 15 Août 1915 le secteur nord d’Ypres. Ils occupent notamment la position de Steenstraat si chèrement défendue par les fusiliers marins de l’Amiral Ronarc’h en décembre 1914.

En septembre 1915, la 152e Division prend part à une opération offensive au sud d’Arras qui se solde par la reprise de la guerre de tranchées. A nouveau les soldats vont connaitre le froid et la boue dans le secteur de Loos-Grenay, (d’octobre 1915 à janvier 1916), et celui de Neuville-Saint-Vaast (en février et mars 1916).

Ils ne le savent pas encore, mais en ce début de printemps 1916, François et ses compagnons s’apprêtent à vivre l’enfer sur terre. Dans quelques jours, ils vont eux aussi passer au « tourniquet » et emprunter la Voie sacrée pour se rendre sur le champ de la plus grande bataille de la première guerre mondiale : Verdun.

Je vous donne donc RDV dans quelques jours pour poursuivre le récit de la Grande Guerre de François JESTIN, artilleur.

Sources :

  • fiche matricule de François JESTIN, AD du Finistère
  • JMO et historique du 49ème R.A.C, mémoire des Hommes, SHD Vincennes
  • JMO et historique du 249ème R.A.C. , mémoire des Hommes, SHD Vincennes

Je remercie chaleureusement les membres du forum page 14-18 et le site Chtimiste qui m’ont permis de m’y retrouver dans les méandres de l’artillerie de 14/18

En ce jour anniversaire (à double titre), j’ai évidement une pensée affectueuse pour la fille de François, Jeanne Rose ma grand mère, qui aurait eu 94 ans aujourd’hui.

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