#RDVAncestral, épisode 3 : l’inconnue du château

Il y a quelques semaines, vous avez bien voulu me suivre sur les traces de la petite Marie. Pour ce 3ème RDVAncestral, je vous emmène à nouveau découvrir l’histoire de mon arrière grand père Pierre PHELEP mais je vous propose d’abandonner la pensine (qui ne me permettaient pas d’entrer en contact avec les personnes que j’ai rencontré), pour un autre moyen de transport temporel.

Après avoir fouillé tout le chemin de traverse, je pense avoir trouvé mon bonheur : le portoloin. Cet objet magique est utilisé par les sorciers pour se déplacer d’un endroit à un autre, à un horaire précis. Il peut s’agir de n’importe quoi car il faut un objet qui passe inaperçu pour que les moldus ne le remarque pas et ne se mettent à jouer avec. En théorie il ne permet pas de voyager dans le temps mais un sort d’extension temporelle m’a permit d’arranger ce petit désagrément. Le portoloin se devant d’être un objet du quotidien j ‘ai choisi une pièce et plus précisément une pièce percée de 25 centimes trouvée dans la cour de la ferme familiale quand je n’étais encore qu’une enfant.

En ce 3ème samedi d’avril je vous invite donc à me suivre à nouveau sur les traces de mon arrière grand père Pierre PHELEP. Par contre je vous préviens c’est mon baptême de portoloin mais on m’a dit que ça secouait un peu … Prêts ? Pour me suivre vous avez juste à toucher la pièce … avec un doigt ça suffira … voilà on y est c’est l’heure : 3, 2, 1 Décollage !!!

Immédiatement j’ai l’impression qu’un crochet m’attrape brusquement le nombril en le tirant irrésistiblement vers l’avant. Mes pieds quittent le sol et je poursuit mon chemin en filant droit devant. Prise dans un tourbillon de couleurs et enveloppée dans un sifflement semblable à celui du vent, mon index est toujours collé à cet objet qui semble l’attirer comme un aimant. Soudain mes pieds retombent brutalement sur le sol et je me retrouve toute froissée et décoiffée au milieu de ce qui semble être une allée parfaitement ratissée. En regardant autour de moi je reconnais les allées et les bassins du parc de la place du château.

Source CPRAMA

Nous sommes à Brest le 2 mai 1876 : je suis arrivée à destination car c’est aujourd’hui que Pierre termine son service militaire après avoir passé 6 mois à la caserne du château sous le drapeaux du 19ème de ligne.

Quand la rencontre tant attendue prend une drôle de tournure …

Les rayons d’un doux soleil de Printemps réchauffent un peu l’esplanade que parcoure une brise toute brestoise. Malgré ce bel après midi les allées et les abords des plans d’eau sont desserts. En revanche il y a foule le long de la rue qui borde le vieux château. Tout à coup un murmure fait frémir la foule : au loin résonnent des notes de musique militaire. Je crois reconnaitre la marche consulaire dont les notes se perdent dans le vent.

Je m’approche de la foule et je cherche à me frayer un chemin parmi les badauds ce qui croyez moi n’est pas chose facile quand on porte une robe à tournure et un corset (vive les jeans et les baskets !!) Enfin je les aperçois : les soldats du 19ème de ligne brestois sont à la parade. Ils sont beaux ces jeunes conscrits dans leurs uniformes impeccables. Tête haute, ils portent fièrement de magnifiques shakos à plume qui laissent à peine entrevoir quelques mèches de cheveux. Leurs vestes bleu marine réhaussées d’épaulettes garance et d’une double rangée de boutons sont parfaitement ajustée par un ceinturon à la boucle brillante. Un pantalon rouge garance et des guêtres blanches complète la tenue.

Pendant de longues minutes je scrute le visage de ces jeunes hommes, recherchant les traits familiers qui me permettraient de reconnaitre Pierre … Mais je ne connais pas son visage, comment le trouver dans toute cette foule ? Vient la fin du défilé et l’ordre de rompre les rangs. Les hommes s’égayent dans le parc à la recherche de leurs proches. Je crois le reconnaître à plusieurs reprises mais à chaque fois c’est une mauvaise pioche. Pourtant il est là parmi eux … mais où ? Le temps file et je vais devoir repartir sans tarder au XXIème siècle. Je désespère de le trouver quand tout à coup, un groupe de jeunes soldats un peu bruyant attire mon attention :

Eh, Phelep! Tu viens boire un godet ?

Va doué bien sur !!

Cette fois c’est lui ! Mon sang ne fait qu’un tour, je me retourne et … je heurte de plein fouet un beau jeune homme aux yeux noisettes dont le shako laisse entrevoir quelques boucles blondes. Empêtrée dans ma robe je peine à me relever mais il vient rapidement à mon secours avec ses camarades hilares.

Excusez moi M’dame ! Y a pas de mal ?

Occupée à remettre en place les multiples tournures de ma tenue (la prochaine fois je laisse tomber la tenue d’époque !!!) je lui réponds sans réfléchir : Non rassures toi Pierre tout va bien !

Pierre est visiblement (et légitiment) surpris de ma réponse : Vous me connaissez ?

Consciente de mon imprudence je me reprends comme je peux : Oui ! Enfin non ! … Mais je connais bien votre famille. Vous avez quitté St Pierre pour Bohars n’est ce pas ?

Oui c’est ça : la ferme était devenue trop petite pour tour le monde me répond il poliment sous l’oeil goguenard de ses copains

Et j’ai également appris pour votre mère je suis désolée de votre chagrin. Mais je suis sûre qu’elle serait surement fière de vous aujourd’hui. Face à cette allusion à son deuil, Pierre me regarde d’un air gêné, cherchant visiblement à mettre poliment fin à la conversation. Je me résous donc à prendre congé.

Allez donc rejoindre vos camarades Pierre je ne voudrais pas vous retardez.

Je laisse à regret Pierre s’éloigner de moi et rejoindre son groupe d’amis.

La vague s’y brise

Incorporé le 3.11.1875, Pierre n’a fait que 6 mois de service. Après la défaite de 1870, le président Gambetta pose les bases du service militaire moderne en déclarant « Que pour tout le monde il soit entendu que quand en France un citoyen est né, il est né soldat ». Son successeur Adolphe Thiers créera le service militaire obligatoire : les dispenses et des dérogations n’existent plus et la durée du service est de 5 ans ou de 6 mois à 1 an, toujours selon la méthode du tirage au sort.

C’est ce qui va se passer pour Pierre

Servir dans le régiment brestois a du être une fierté pour Pierre. Alors même que le 19ème n’a pas encore écrit les pages glorieuses et sanglantes de 14/18 la réputation des lignards n’est plus à faire .

Créé en 1791 à partir d’un régiment de l’Ancien Régime, Le 19e régiment d’infanterie deviendra régiment d’infanterie de ligne en 1803. Il participera aux campagnes de Russie et d’Allemagne dans l’armée Napoléonienne avant de vivre la défaite de 1815 à Waterloo.

Fin septembre 1870, le dépôt du régiment est transféré d’Alençon à Rennes puis est dirigé sur Laval. En janvier 1871 une partie du régiment participe aux opérations de l’armée de la Loire autour du Mans tandis que le dépôt quitte Laval pour Landerneau (29) avant d’arriver au château de Brest en mars.

Source blog 19ème RI

En 1914 le régiment est formé à Brest. Son historique précise que  » Composé presque exclusivement d’éléments bretons au début de la campagne, cependant il garda toujours au moins un tiers de soldats bretons et dut à cette circonstance de conserver précieusement ses belles traditions et ses qualités bretonnes de rudesse, d’ardeur au combat, de dévouement. » Durant 4 ans les hommes du 19ème vont s’illustrer dans les plus grandes batailles de la Grandes Guerre : Maissin, Thiepval, la Somme, la Champagne, le chemin des Dames, Verdun, Berry au Bac …

Dissous en 1920, le 19ème est reformé en 1939 et participe à la défense des Ardennes. Anéanti par les allemands en mai 1940 (le drapeau du régiment doit même être brûlé pour ne pas tombé aux mains de l’ennemi) le régiment est reformé en 1964 avant d’être définitivement dissous en 1998

Tous les soldats passés sous les drapeaux du valeureux 19ème durant ses 2 siècle d’existence auront fait honneur à sa devise : « la vague s’y brise »

Dans ma poche je sens la pièce tourner sur elle même, je la prend entre mes doigts et à nouveau mes pieds décollent du sol …. Bousculée par cette rencontre que j’attendais depuis longtemps je me demande si je suis prête à renouveler l’expérience…

PS : MERCI de tout coeur pour vos nombreuses visites et encouragements suite à mon dernier RDVAncestral. Je m’excuse de ne pas avoir honoré celui du mois de mars mais parfois la réalité requière notre présence 😉

2 réflexions sur “#RDVAncestral, épisode 3 : l’inconnue du château

  1. Pingback: #RDVAncestral, épisode 4 : un dimanche à Bohars – Sur leurs traces …

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