La lettre à Marie Yvonne

La généalogie est faite de recherches mais aussi (et heureusement) de trouvailles. C’est cette facette qui fait notre bonheur de généalogistes que je vous propose d’explorer dans ce nouvel épisode du challenge #52ancestors

Semaine 2 : votre plus belle trouvaille

Trouvaille : n.f., Fait de trouver avec bonheur ; chose ainsi trouvée. Fait de découvrir (une idée, une image, etc.) d’une manière heureuse ; idée, expression originale.

Au cours de mes recherches j’ai eu la #généajoie de faire plusieurs jolies trouvailles dont je suis parfois venue vous parler ici : la petite fille du capitaine VINCE, la photo du mariage inconnu … Mais celle qui est la plus chère à mon coeur est la première d’entre elle et pourtant elle ne concerne pas un de mes ancêtres mais un collatéral. Il s’agit d’une lettre reçue par Marie Yvonne PAUL dont je vous ai déjà raconté l’histoire.

Cette fois je vais emmener sur les traces de Jean Louis PAUL, le frère aîné de mon arrière grand père Jean Marie dont il est question dans cette fameuse missive.

Jean Louis, soldat léonard

Né le 30 octobre 1887 au manoir du Ménec au Folgoët (Finistère) Jean Louis PAUL est le fils de Michel et Marie Perrine EDERN. Ainé d’une fratrie de 11 enfants Jean Louis était selon sa fiche matricule un jeune homme blond aux yeux gris (?) mesurant 1m64 et sachant lire et écrire. Appelé en 1908 pour faire son service militaire, il est incorporé au 19ème Régiment d’Infanterie caserné au château de Brest. Il est envoyé en congés en septembre 1910 après avoir effectué les 2 ans requis.

Jean Louis PAUL durant son service militaire – collection familiale

Comme plus de 3,5 millions d’hommes, Jean Louis est mobilisé le 1er août 1914. Issu d’une famille très pieuse il passera surement se confesser à la basilique du Folgoët avant d’assister à la messe et de prendre le premier train du matin pour Brest. En tant que réserviste, il est attendu au 219ème régiment d’infanterie qui vient de se constituer au château. Commandé par le lieutenant-colonel STUHL, les 2191 soldats et 37 officiers qui composent ce régiment qui forme, avec le 262e RI de Lorient et le 318e RI de Quimper, la 122e brigade de la 61e division d’infanterie.

Une fois arrivés à la caserne les réservistes sont habillés et équipés. Jean Louis est affecté à la 5ème division du bataillon commandé par le commandant LAUREAU. Il quitte Brest le 5 août par le train de 21h et atteint Paris et la gare des Batignolles à Paris2 jours plus tard. Affecté à la défense du camp retranché de Paris les hommes du 219ème sont casernés à Drançy où ils perfectionneront leur instruction militaire entre le 8 au 23 août.

La guerre

Après les sanglantes défaites des Ardennes belges les hommes du 219ème sont portés vers Arras. Le 25 août le régiment va s’installer à Givenchy en Gohelle. Le Baptême du feu n’est pas loin, on entend le canon qui tonne vers Cambrai… Effectivement le 28 août Jean Louis et ses camarades livrent leurs premiers combats dans les faubourg du petit village de Beugny. Isolés du reste de la brigade ils se retrouvent sous le feu nourris de batterie allemandes sans pouvoir espérer de soutien des canons français désespérément muets. A la rudesse des premiers combats s’ajoutent les marches interminables avec 35 kg sur le dos et le manque de sommeil. (certains carnets de soldats font état de 60 km par jour et de 4 h de sommeil en 48h à peine).

Début septembre les hommes du 219ème trouvent un peu de repos à Pontoise avant de repartir au front dans le secteur de Villers Saint Genest (situé à mi chemin entre Paris et Soissons). Nous sommes le 7 septembre 1914, c’est le début de la bataille de la Marne. Durant plusieurs jours les combats intensifs vont se succéder : au bois de Montrolle le 5 ème bataillon de Jean Louis commandé par le capitaine Huvé charge trois fois à la baïonnette contre le nord du bois. A chaque fois repoussé par un ennemi solidement retranché dans le bois, ils finissent par se replier. Le bombardement, qui n’a pas cessé de la journée, et les mitrailleuses ennemies font un ravage dans les rangs du 219e RI.

Après 3 jours de combats acharnés où les hommes subissent un bombardement continuel l’ennemi bat en retraite avec le 219ème sur ses talons. Après avoir passé l’Aisne le régiment monte à l’assaut du plateau de Bitry le 13 septembre. Ce plateau est constamment bombardé par l’artillerie lourde ennemie qui, placée sur les hauteurs, couvre la retraite de ses troupes. Le régiment parvient à gagner l’est de Moulin sous Touvent puis Autrèches avant ‘être enfin mit au repos.

Français et Allemands, ne pouvant percer, vont s’enterrer. 

Le 23 septembre, le 219e régiment d’infanterie doit se rendre à la cote 150 qui se trouve à deux kilomètres au nord ouest de Nouvron. Fortement bombardé lorsqu’il traverse le village de Berry St Christophe, le régiment subit de lourdes pertes : on compte 24 tués, 70 blessés et 21 disparus. Parmi eux Jean Louis PAUL.

L’espoir

Il y a fort à parier que Jean Marie, soldat du 318ème régiment d’infanterie aura vent de la disparition de son frère ainé. Les combats ont été rudes et une disparition ne veut pas dire la mort… Alors la famille garde espoir et par l’intermédiaire de Marie Yvonne PAUL, (tante paternelle de Jean Louis) qui fut sans doute conseillé par son employeur la famille sollicite le Comité International de la Croix Rouge qui prend en compte la demande de renseignements.

Fiche de demande de recherche de Jean Louis PAUL – Archives CICR

Le 9 août 1916, Marie Anne reçoit une réponse : la lettre lui annonce qu’un soldat nommé Jean Louis PAUL a été déclaré mort le 28 octobre 1914 à Laon. Sans certitudes, ce courrier qui a du être douloureusement reçu par Marie Perrine et Michel n’est pas une fin en soi : peut être Jean Louis est il quelque part blessé ou prisonnier ?

Durant toute la guerre la famille PAUL va sans doute espérer le retour de Jean Louis au Folgoët. Mais les prières à Notre Dame resteront vaines : Jean Louis sera déclaré mort pour la France le 24 juin 1920 par le tribunal de Brest. Son corps repose encore dans la terre meurtrie de l’Aisne auprès des milliers de soldats dont le sang a coulé lors de ces combats.

Sans doute transmit à Marie Perrine et Michel par Marie Yvonne cette lettre restera dans le porte feuille de Marie Anne PAUL, (la jeune soeur de Jean Louis) pendant 70 ans avant d’être transmise à sa nièce qui me fera le plus beau des cadeau en me la confiant à son tour.

Ce qui n’est pour certain qu’un bout de papier déchiré est pour moi un témoignage émouvant de l’espoir d’une famille face à la perte de l’un des leurs. Je suis fière d’être aujourd’hui la gardienne de ce trésor familial. Mon seul regret est de n’avoir pas pu le partager avec mon Papou, à qui j’aurai tant voulu raconter l’histoire de celui dont il portait fièrement le prénom.

Sources : Site du 219ème RI, JMO du 219ème et de la 61ème DI, archives familiales;

Un immense merci à Nicole de m’avoir fait confiance et de m’avoir confié ce si beau cadeau

A la mémoire de Jean Louis PAUL, tué le 23 septembre 1914 à Berry St Christophe ;

de Marie Anne Gabrielle PAUL, gardienne de la mémoire familiale ;

de Jean Marie et François PAUL frères de Jean Louis et Marie Anne et combattants de 14 ;

et de Jean Louis PAUL, mon Papou.

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